3 clés pour mieux prendre la parole au travail, surtout quand on est introverti.e


Il paraît qu’elle se classe n°1 des peurs, avant la mort. Elle stresse, angoisse voire pétrifie la majorité d’entre nous : il s’agit de la prise de parole en public.


A priori donc, même si nous ne le crions pas sur tous les toits - et pour cause... nous expérimentons tous, à des degrés divers et lors de différentes occasions professionnelles (entretiens, présentations clients ou internes, réunions d'équipe, afterwork, pause café...), le trac d’être vu, entendu, et potentiellement, horreur, d’être jugé.e.


Quand on est introverti.e, cette anxiété va de pair avec une réelle gêne de se trouver au centre de l’attention, contraire à notre goût pour la discrétion et l’intériorité. Elle se double quelquefois d’un sentiment d’impuissance, car nous observons autour de nous des personnes plus à l’aise, plus spontanées, plus éloquentes, plus convaincantes, plus un tas de choses… que nous. Parfois juste moins en retrait.


Il peut nous arriver de nous comparer à ceux qui se sortent de l'exercice oratoire avec brio, eux, et de nous décevoir de ne pas parvenir à agir à l’identique.


Le thème de l'aisance à l'oral revient régulièrement lors des coaching avec mes client.es. Il s'agit soit de leur objectif principal soit d'un objectif secondaire, qui s'inscrit alors comme un moyen répondant à une finalité plus importante pour eux : assumer de nouvelles responsabilités, gagner en leadership ou en influence dans l'entreprise, obtenir une promotion ou une évolution de carrière, élargir son réseau professionnel, ou encore rechercher efficacement un nouvel emploi.


Voici trois de leurs histoires.

J’ai modifié les prénoms et quelques détails mineurs pour préserver l'anonymat de chacun.e.


A la lecture de ces récits de coaching, je vous invite à laisser surgir des résonances avec votre propre parcours. Vous découvrirez peut-être de nouvelles perspectives susceptibles de vous guider, selon vos besoins, vers des prises de parole et des interactions plus sereines, plus constructives et plus alignées avec l'empreinte que vous souhaitez laisser, et ce aussi bien en réunion d’équipe, pendant vos rendez-vous professionnels que dans des moments informels au travail.


1. Prendre conscience et honorer son fonctionnement naturel


Anna, consultante à l’esprit fin et curieux, se dévalorisait systématiquement sur ses interventions en présentation et en entretien. Pas assez claire, pas assez synthétique, pas assez posée... elle se jugeait durement et trouvait ses propos confus. Une posture très éloignée de l'experte assurée qu'elle était et voulait donner à voir.


Elle se pliait en fait à une gymnastique proche de la contorsion. Gare aux courbatures !


Evoluant dans un milieu où le tac au tac s'impose tacitement, elle s’acharnait à apporter une réponse le plus vite possible quand on lui posait une question. Au lieu de respecter son fonctionnement naturel d’introverti.e et son tempo de pensée, elle consacrait ainsi presque toute son énergie à s’empêcher de mûrir sa réflexion, et à éviter de dire « je ne sais pas » ou « je n’ai pas la réponse maintenant, je reviens vers vous ».


💡 Le cerveau des introverti.es est fait de telle façon qu’il a besoin de temps et de calme pour recueillir les informations, les faire transiter et les traiter en profondeur. Celles-ci prennent des chemins longs, utiles à l’établissement de liens et la récupération de données connues, préalables à l’élaboration d’une opinion.


Pour cette raison, il est rare qu’une personne introverti.e puisse réagir instantanément et ce de manière consistante et percutante, car pour elle, parler en pensant consomme plus de ressources que ce dont elle dispose : sa « mémoire vive » passe en surchauffe et les « logiciels » internes plantent.


Nous avons échangé sur ce réflexe contre-productif et je lui ai suggéré de lire La Force des Discrets de Susan Cain. Révélation et soulagement.


Elle a pu comprendre ce qui se passait pour elle d’un point de vue neurobiologique, puis se fixer un palier de progrès accessible sans délai. Anna a décidé de faire de la place aux pauses et aux silences – de son côté, de la part de ses interlocuteurs – durant les échanges afin d'affûter ses prises de parole et leur apporter la netteté qui lui était chère.


👉 Que pouvez-vous retirer de l'histoire d'Anna ?

Si vous êtes introverti.e, prenez le temps de vous renseigner sur le fonctionnement de votre cerveau et de connaître vos besoins physiologiques pour les respecter et en tirer des bénéfices.


Adoptez ensuite une stratégie personnelle de petits pas qui vous permettra de rebondir à votre rythme ou de ralentir la cadence si nécessaire, en gardant en tête vos enjeux :

  • Que cherchez-vous en priorité à obtenir de cet échange ?

  • Quel est l'effet que vous souhaitez produire auprès de vos interlocuteurs ?

  • Qu'est-ce qui vous rendra satisfait.e à l'issue de la discussion ? A minima ? A maxima ?

Intervenez quand ce que vous avez à dire est abouti et n'hésitez pas à différer une partie de la conversation à un autre moment si cela est possible.



2. Identifier ce qui rend la prise de parole difficile aujourd'hui


Pour certain.es, s’exprimer en public est depuis longtemps un acte compliqué et demande un réel apprentissage. Pour d’autres, même chez les introverti.es, peut exister un passé rassurant, plus ou moins récent, émaillé de moments, d’expériences, voire de périodes entières où la prise de parole était facile, motivante et surtout source de plaisir.


Un joyeux patchwork qui s’effiloche parfois à la suite d’un seul événement…


C’est ce qui est arrivé à Marcel. Jeune cadre ambitieux, déterminé et ultra compétent dans son domaine, il perdait tous ses moyens lors des présentations d’avancement de ses projets en interne. Mains moites, blanc, bafouillis : il vivait véritablement des moments de torture.


Pourtant, il avait été reconnu par le passé pour son éloquence, sa capacité à embarquer et à faire rire, même dans des circonstances où l'enjeu était élevé et où il se voyait confronté à des publics intimidants.


Qu’est-ce qui avait ainsi pu renverser le rapport positif qu’il entretenait à la prise de parole ?


Bien qu’il soit en poste depuis plusieurs années dans son entreprise actuelle avec des collègues et un N+1 bienveillants, il restait au fond de lui très choqué du licenciement qu’il avait subi dans son précédent job. Ce départ violent avait été orchestré par un manager qui remettait en cause son autonomie et ses talents dès qu’il le pouvait, et ce devant témoins.


Résultat, l’estime de Marcel avait dégringolé et il s’était mis à douter de lui-même, alors même que la donne avait changé.


Il a réalisé lors de nos séances qu'il avait emporté avec lui le regard négatif de son ancien manager et que celui-ci pesait encore lourdement dans son quotidien. Il s'est autorisé à s’en défaire et à se concentrer sur les vents porteurs de sa situation actuelle afin de reprendre possession de sa puissance d’orateur.


En plus de cela, il a mis en place une routine de préparation qui lui correspondait, ce qui lui a permis d’être plus disponible, plus enjoué et plus libre lors des présentations qu’il redoutait auparavant.


💡 La préparation est une des bottes secrètes de la plupart des introverti.es.


Le schéma est aussi simple que vertueux : j’assouvis mon besoin de maîtrise en sécurisant mes connaissances et mon discours en amont, je me rassure en me renseignant sur les contextes qui peuvent m’inquiéter, ainsi que sur le profil et les attentes de mes interlocuteurs, et je clarifie mon objectif, l’effet que je souhaite avoir et ce que je cherche à obtenir de l'interaction à venir.


Je diminue ainsi la sensation de stress face à l'inconnu et gagne ainsi en confiance en moi en prévision du jour J. Le moment venu, je peux m'accrocher à mon fil conducteur tout en m’adaptant mieux à ce qui advient.



👉 Que pouvez-vous retirer de l'histoire de Marcel ?

Etablissez une cartographie des situations où s'exprimer en public est fluide voire agréable pour vous et repérez précisément ce qui vous soutient ou vous limite (enjeux, personnes, environnement, lieu, état physiologique...).

S'il y a un avant / après marquant dans votre parcours, demandez-vous ce qui vous bloque aujourd'hui : un événement en particulier voire un traumatisme, le contenu ou la portée des messages que vous devez faire passer, la nature ou la qualité des relations avec vos interlocuteurs, la pression d'un enjeu important pour vous, l'anticipation de conséquences négatives... ?


Rappelez-vous que si vous avez réussi par le passé à être à l'aise à l'oral, même quelques fois seulement, c'est que vous êtes tout à fait capable de revivre cela !



3. Revisiter ses représentations et ses croyances polluantes


Karim, fraîchement nommé manager d’une équipe de 9 personnes, occupait cette fonction pour la première fois. Il était soucieux de bien animer ses réunions et concerné par sa crédibilité en rendez-vous commerciaux.


Très en contact avec ses valeurs de courage et d’équité, et doté d’un tempérament espiègle, il était néanmoins freiné dans ses ambitions par de nombreuses croyances, dont quelques-unes aux antipodes de son fonctionnement d’introverti :

  • « un leader doit savoir s’exprimer facilement en toutes circonstances »

  • « je dois absolument dire des choses intelligentes à chaque fois que je m’exprime »

  • « si je pose des questions, c’est que je ne suis pas compétent et les autres vont s’en rendre compte »

  • « s’il y a un blanc dans la conversation, c’est de ma faute donc il faut que j’ai toujours quelque chose à dire »

  • « si je fais des blagues face à un client, je vais passer pour un guignol »

Une croyance engendre une pensée « pop-up » qui s’ouvre dans notre tête quand nous nous retrouvons dans certaines situations. Elle donne lieu simultanément à des sensations (ex. je rougis) et des émotions (ex. j’ai peur) qui à leur tour déclenchent une ou des actions (ex. j’évite le regard des autres, je me tais ou je parle trop, je dilue mes idées…). Ce cheminement est intéressant à déconstruire dans le cadre de difficultés dans la prise de parole.


Nous avons exploré ensemble la véracité et la pertinence de ses croyances par rapport à ses objectifs et son potentiel, et décrypté les comportements qu’il adoptait en les acceptant telles quelles. Nous avons ensuite travaillé sur le remplacement de certaines de ses représentations par des « pop-up » plus aidants dans les situations où il souhaitait agir avec plus d'authenticité, dans l'optique de modeler le type d’échange qu’il recherchait.


Il a par exemple questionné le fait de prendre l’entière responsabilité des discussions, en rendez-vous client ou lors de premiers échanges sur des salons professionnels, aussi bien sur le plan de la dynamique que du contenu. Réalisant qu’il n’était que co-responsable de celles-ci et que la personne en face pouvait autant en influencer le cours que lui, il a pu aborder ses échanges de manière plus détendue et ouverte.


Suite à ce nouveau regard porté sur les mêmes événements, il s’est mis à mieux utiliser son talent naturel d’écoute au service de ses interlocuteurs.


💡 Cette qualité d'écoute se trouve d’ailleurs souvent très développée chez les profils introvertis et les fait sortir du lot. Dans le monde professionnel, cela leur permet de créer un climat de confiance propice au recueil d’informations clés et à l'émulation d'idées.


Pourtant, nombre d’entre eux la considèrent comme moins valorisante que l’affirmation de soi ou la capacité à réagir en direct des extraverti.es. Voilà un autre "pop-up" diablement intempestif ;)


👉 Que pouvez-vous retirer de l'histoire de Karim ?


Notez à chaud ou juste après une situation difficile les phrases automatiques qui vous montent à la tête, ainsi que les comportements et attitudes qu'elles vous poussent à adopter.

  • Que disent-elles de votre vision de la prise de parole en général ? de celle-ci à l'aune de la culture de votre entreprise ? des représentations à l'oeuvre sur votre métier ? sur votre niveau de responsabilités et ce que vous considérez être attendu de vous ? de votre rapport à vous-même et aux autres de façon globale ?

  • Ces affirmations sont-elles vraies et fondées ? Sur quels faits s'appuient-elles ?

  • Vous aident-elles à atteindre les buts que vous vous fixez ? Si non, lesquelles pourraient évoluer pour être plus justes pour vous et se rapprocher de vos capacités ?

  • Que pouvez-vous faire concrètement à partir de ces recadrages, et tester dans les jours qui viennent ?

Selon vos réponses, reformulez vos phrases pour les rendre plus flexibles, plus adaptées et plus motivantes pour vous.


Surprenez-vous avec de nouvelles façons d'être et d'agir dans les situations qui vous posent problème aujourd'hui et mettez du poids sur de nouveaux appuis pour des prises de parole qui vous ressemblent.



 

Vous souhaitez me faire part de votre expérience et voir comment vous pourriez vous exprimer plus aisément dans un cadre professionnel ?


Prenez rendez-vous avec moi pour un premier échange sans engagement.


A bientôt !


Violaine du Boucher